La jeune génération n'est pas viscéralement attachée à « sa maison », et sait calculer: une mensualité d'emprunt longue durée coûte moins cher qu'un loyer pour le même logement.
Chronique de la vie ordinaire: un trentenaire voulant louer un appartement à Saint-Germain-en-Laye et se voit réclamer par le propriétaire une caution parentale. Excepté que notre aspirant locataire n'est pas vraiment un précaire: il est notaire et c'est le fils d'une ministre du gouvernement Fillon!
L'anecdote, délectable, illustre bien une pratique de plus en plus courante. « Nous avons vu des quadragénaires obligés de solliciter une caution parentale pour se loger », s'ahurit encore Laurence Mazenot, directeur du marketing au crédit Foncier. Et la situation n'est pas près de changer.
Des bailleurs gourmands
Selon le baromètre, Seloger du mois d'octobre, les propriétaires ont profité de la demande soutenue de locations dans les grandes villes de France pour s'accorder un petit bonus. A Paris, les loyers se sont accru de 3,4% durant les trois derniers mois. « Les propriétaires et les agences immobilières sont en situation de force et sélectionnent le meilleur candidat.
Finalement, l'achat est un examen où le candidat ne doit convaincre que sa banque. Alors que louer est un concours où il n'y a qu'un seul gagnant », explique Alain David, dirigeant l'activité d'UCB en France.
Les jeunes l'ont bien admis et sont en mesure de passer, selon les cas, du statut de locataire à celui de propriétaire: « Décomplexés, ils considèrent que la charge logement de leur budget peut être indifféremment un loyer ou le remboursement d'un crédit », remarque Laurence Mazenot. Ainsi, Richard et Ubeline Benoist, 22 et 24ans, qui sont arrivés à acheter une petite maison dans la banlieue toulousaine, racontent ceci: « Ce qui nous a découragés, c'est le montant des loyers: pour le même prix, on pouvait se constituer en capital. Nous avons pris un crédit sur trente ans parce que notre apport n'était pas très important. »
Une approche consumériste
Sur un marché immobilier en hausse incessante depuis dix ans, les primo-accédants ont dû s'accommoder et profiter des occasions: le faible niveau des taux d'intérêt et l'allongement de la durée des crédits leur ont fourni des moyens pour suivre le rythme. Mais ils ont pris du recul en ce qui concerne leur investissement et ne sont plus « fusionnels » avec leur maison comme s’était le cas de leurs parents.
« Les jeunes empruntent sur des durées plus longues, mais en sachant qu'ils n'iront pas forcément au bout de ce crédit. C'est une approche très consumériste de l'immobilier », constate Alain David. Avec un emprunt à trente-cinq ou quarante ans, ils sont conscients qu'ils peuvent acquérir une mensualité de crédit moindre au loyer d'un bien équivalent.
Une analyse achat-location avantageuse surtout quand les acheteurs sont prêts à des concessions géographiques, tel Frédéric Gélard, 32ans, cadre de l'Oréal: « J'étais locataire avec ma compagne d'un deux pièces de 62mètres carré dans le XVIe arrondissement parisien, et nous cherchions un appartement plus grand. Impossible à trouver à Paris pour un prix raisonnable, à la location comme à l'achat. Nous avons finalement trouvé notre bonheur à La Garenne-Colombes. » Frédéric réside actuellement dans un superbe trois pièces de 70 mètre carré dans un immeuble ancien, qu'il paye avec une mensualité identique au précédent loyer.
La banlieue a aussi été la solution d'Emmanuelle et Nicolas, couple de bobos trentenaires travaillant dans l'édition: « Après la naissance de notre fils, nous avons cherché à louer un appartement à un prix raisonnable dans Paris, mais nous sommes finalement résolus à acheter. Avec notre budget de 250000 euros. Un peu au-dessus de notre budget, mais nos familles nous ont donné le coup de puce pour compléter le crédit. »
La totalité sent que l'immobilier peut atteindre un plafond mais cette possibilité ne les a pas arrêtés. « Même si les prix baissent, nous perdrons moins qu'en investissant à fonds perdus dans un loyer », affirme Frédéric Gérard. « Nous avons prévu de revendre dans cinq ou six ans. Avec ce qui sera déjà remboursé, nous serons gagnants même si les prix ne montent pas », calcule tout haut Fabien Richard.
La palme revient à Pierre Tran, 30 ans, qui a acquis en début d'année une maison de 120metre carré à sarcelles pour 285000 euros. Il a fait restructurer et agrandir le garage gagnant 80mètre carré de surface. « J'ai fait réévaluer le prix de la maison après les travaux, et je réalise déjà une plus-value de 100000euros. » Quant à notre fils de ministre, personne ne sait s'il a eu la caution de maman ou s'il s'est décidé à acquérir un appartement.
“Je veux faire de l'immobilier une grande cause national ”
A sa ministre du Logement et de la ville le président Nicolas a confié une double mission: faire accéder 70% des français au statut de propriétaire et faire construire 500000 logements par an. Depuis quelques mois, le marché Immobilier semble se retourner. N'est ce pas inquiétant? |