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Les
acteurs de l’assurance santé rivalisent d’imagination pour sortir de leur pur
rôle de complémentaire. De l’ostéopathie au coaching en passant par la
sophrologie, l’offre s’élargit rapidement. Toutefois, le volume des prestations
reste réduit, faute de modèle économique.
Le marketing à petit prix ou « vraie »
tendance ? La prise en charge par les complémentaires santé de prestations
non remboursées par la Sécurité sociale se prête à toutes les interprétations.
Une chose est sure, cependant. Apres avoir tiré les leçons de quelques
expériences, comme le remboursement de certains produits alimentaires lactés ou
tartinables, les complémentaires se diversifient dans les médecines douces.
Le besoin crée l’organe, et l’organe fait la différence
« Le mouvement vient de Californie, dans la
fascination pour le bouddhisme et tout ce qui est « zen », analyse
Matthias Matallah, président du cabinet Jalma. Mais ce n’est pas pour autant un
luxe de bobos urbains. « C’est un état d’esprit. D’ailleurs, les médecines
douces ne doivent pas être réservées aux contrats de haut de gamma »,
remarque Patrick Julien, directeur du développement d’Alptis.
Au-delà d’une prise de conscience en faveur de la
prévention, l’émergence de ces médecines alternatives peut aussi être perçues
comme une tentative de réponse à l’échec relatif de la médecine moderne face à
certaines pathologies comme le cancer ou les maladies chroniques. Car, même si
les réponses thérapeutiques s’améliorent, le nombre de malades explose.
Autre certitude, chaque organisme complémentaire peut, en
s’engageant dans cette voie, affirmer son identité. C’est une nécessité :
« Par rapports à notre environnement contractuel, nous sommes tous amenés
à faire la même chose », analyse Patrick Sagon, président de la mutuelle
générale (MG). Grosso modo, les complémentaires ont trouvé deux manières de
prendre un peu d’autonomie par rapport à l’Assurance maladie : miser sur
les médecines alternatives ou sur les services, mêler les deux étant fréquent.
Le groupe Alptis, qui a construit un modèle orignal de
réseau associatif, s’intéresse aux médecines douces depuis le début des années
2000. Il a étendu ses prises en charge à de nombreuses pratiques, de
l’acupuncture à l’étiopathie (thérapie manuelle proche de l’ostéopathie) en
passant par le principe que de nombreux maux viennent de compressions des
nerfs). Alptis s’est aussi montré très généreuse en matière de prévention,
prenant en charge tous les actes inventoriés dans le cadre des contrats
responsables, et pas seulement deux, comme les textes l’exigeaient.
AGF propose aussi depuis 2001 un forfait qui couvre
l’étiopathie, l’ostéopathie ou encore la consultation diététique. La compagnie
fait également la part belle du service. Pour ceux qui sont décidés à régler
leur sort à leurs cigarettes, elle a monté un partenariat avec la société Allen Carr. Elle donne accès
à la méthode éponyme à un tarif préférentiel. Une méthode qui revendique des
taux de succès de 50% à 70% après un an (selon l’université de Vienne) contre
seulement 18% pour les substituts nicotiniques et le controversé Zyban (d’après
l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé).
Un coach personnel au pays du mieux-être
La MG, elle, se rangerait plutôt dans la seconde
catégorie. Remboursant depuis cinq ans l’ostéodensitométrie, le vaccin contre
la grippe ou l’orthodontie pour adultes, la mutuelle veut passer à la vitesse
supérieure. « En prévention, nous pouvons à la fois être originaux,
répondre à une problématique de santé publique et rendre un vrai service à nos
adhérents », dit Patrick Sagon. La MG réfléchit ainsi à de nouvelles
déclinaisons Monpass Santé, son carnet de santé électronique, comme un
« coffre-fort santé » ou un « carnet d’urgence ».
De fait, chacun concocte son concept. Josette Guéniau,
directrice générale déléguée santé, souhaite promouvoir « l’accompagnement
de la personne, le bien-être tant physique que mental qui va de l’ostéopathie
jusqu’aux services à la personne ».
Dans ce nouveau champ d’activité, les différences entre
complémentaires (mutuelles, sociétés d’assurances, etc.) s’estompent. Face aux
évolutions de l’assurance maladie, qui a tendance à réduire ses prestations,
Jacques Garot, directeur général de Groupe France Mutuelle (GFM), considère que
les mutuelles sont désormais des « assureurs santé facultatifs » au
coté du régime obligatoire, et non plus des « organismes
complémentaires ». C’est un fervent défenseur de la prise en charge des
médecines douces. Cependant, il estime qu’il convient que « l’assureur
évite de se positionner comme défenseur des thérapies qu’il prend en
charge ». Pour lui, son groupe a été « précurseur », en
remboursant, par exemple, l’ostéopathie au tout début des années deux mille et,
depuis le 1er janvier 2008, le « bilan de stress
oxydatif ». Ce dernier dose les vitamines E, A, C, le sélénium, le zinc,
le glutathion, le MDA (malonodialdéhyde), un marqueur spécifique du
vieillissement des cellules et de la souffrance mitochondriale.
Un nouveau genre de gestionnaires de capital
Une démarche proche de celle se SwissLife, premier
assureur complémentaire à rembourser, en juin 2007, les vitamines antioxydantes
et les Oméga-3 en tant que substances préventives des cancers, de
l’infarctus du myocarde ou de pathologies ophtalmologiques. Là encore, la
logique avancée est celle de la prévention, pour accompagner ses assurés dans
l’entretien de leur capital santé. En revanche, les complémentaires sont moins
nombreuses à prendre en charge des séances de sophrologie, ou de kinésiologie
(la Smip le fait), pour en citer une pratique moins connue. Il est en effet
difficile de savoir où placer le curseur.
Là aussi, deux approches se distinguent. Certains, comme
SwissLife, trouvent une crédibilité en s’adjoignant les services d’un comité
médical et scientifique. D’autres appuient leurs choix sur les recommandations
de la Haute Autorité de santé ou la reconnaissance officielle de certaines
professions, telles l’ostéopathie ou l’étiopathie depuis 2002. L’influence de
certaines personnalités, comme le médiatique David Servan-Schreiber, médecin et
auteur de best-sellers ( « Guérir », « Anticancer »), n’est
sans doute pas négligeable dans les choix des complémentaires.
Dernière question existentielle, et non des moindres, le
modèle économique. Personne ne l’a encore trouvé, tous s’en tiennent à des
forfaits relativement modestes, n’excédant pas 150 à 250 euros. Comme le taux
de consommation des médecines douces et autres services « non
conventionnés » n’excède pas 5% l’équilibre s’établit de lui-même.
Un tel plafond semble aujourd’hui justifié, comme le
montre l’échec cuisant de Mutuelle Bio Santé. Le courtier lyonnais, qui avait
lancé en 2006 cette offre très généreuse, a dû jeter l’éponge fin 2007. Il
remboursait sans distinction toutes les médecines douces (naturopathes,
iridologues et autres magnétiseurs) dans un forfait de 780 euros par an. Le
ratio sinistre sur primes a rapidement dérapé : la mutuelle s’est
retrouvée avec 20% de « bons risques » des consommateurs raisonnables,
et 80% de « mauvais risques », en l’espèce des personnes atteintes de
maladies graves ou en échec thérapeutique cherchant leur salut chez les
charlatans.
Un vecteur évident de valeur ajoutée
Il n’empêche. Le marché est persuadé que les prises hors
régime obligatoire vont se développer. « Si nous restons sur notre métier
actuel, avec, en outre, un risque qui pourrait ne plus exister du fait de
dispositifs comme le bouclier sanitaire, nous perdrons notre valeur ajoutée.
Nous devons aller beaucoup plus loin en
matière de services », affirme Josette Guéniau. « Nous ne pourrons
pas éviter de nous poser la question de la prise en charge de ces médecines et
nous aurons, comme la Sécurité sociale, des préoccupations de service médical
rendu », pari Henri Laurent, directeur général de Swiss Life prévoyance
santé.
Certains, comme Jacques Garot, de GFM, mettant un
bémol : « Notre métier d’assureur consiste à couvrir un aléa. Il faut
se méfier d’une prise en charge qui constituerait un pur financement. »
Au-delà des différences d’analyse, reste à savoir quand les médecines
douces deviendront des médecines tout court. Peut-être quand tous les fumeurs
auront disparu et que les survivants mangeront cinq fruits et légumes par jour.
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